Docteur ès Sciences
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Mémoires pour servir à l’histoire des métiers du traitement de l’information
La catégorie des retraités compte dans ses rangs des
chercheurs, techniciens, des ingénieurs dont les vies professionnelles furent
contemporaines de l’intrusion révolutionnaire de l’informatique dans les
sciences et techniques. Les vestiges de l’époque antérieure du calcul, règles,
tables, machines manuelles ou électromécaniques, calculateurs analogiques,
disparaissent inéluctablement ; les rescapés appartiennent désormais aux
musées et aux collectionneurs soucieux de conserver ce patrimoine scientifique
et technique souvent récent ; ce furent pour nombre d’entre eux des outils
de jeunesse, malheureusement parfois ignorés, voire méprisés par nos jeunes
confrères ; l’auteur de ces quelques lignes eut par exemple la surprise
de s’entendre ainsi questionner par l’un d’entre eux, numéricien
confirmé : un planimètre, qu’est-ce ?
Les organismes publics chargés en tous pays de la conservation de ces objets et du savoir-faire qui les accompagnait exercent avec une conscience remarquable cette mission de sauvegarde. Mais les handicaps contrariant la tâche des conservateurs sont bien connus des collectionneurs qui les subissent déjà à leur modeste niveau : budgets étriqués face à la montée irrépressible du flux d’objets voués à l’oubli, rentabilité mal perçue mais que l’on voudrait immédiate, rareté des compétences dans la cohabitation de l’histoire et des sciences et techniques, absence de prestige de cette archéologie considérée – à tort – comme exclusivement attachée à un passé trop récent pour présenter de l’intérêt, enfin poids inopportun des commissions et de leurs cohortes de règlements.
L’initiative individuelle privée, libérale par essence et par conséquent rapide dans sa possibilité de réagir rapidement face à un naufrage patrimonial, est dans ces conditions une précieuse auxiliaire des organismes publics pour le sauvetage et la conservation d’urgence. On peut objecter sa dissémination et l’inorganisation qui en résulte, ses restaurations contestables et bien d’autres défauts : certes, son inefficacité : jamais ; le réseau des collectionneurs est omniprésent et là pour extraire du tas de ferrailles la vieille machine qui commence à rouiller. Ce fait de société date : il suffit pour s’en convaincre de consulter les listes de donateurs ou de ci-devant propriétaires, sources importantes de nos prestigieuses collections nationales actuelles.
Or dans cet environnement difficile, l’état de
retraité accorde opportunément à ceux qui le désirent le loisir de se consacrer
à de tels travaux de recherche, de sauvegarde, de conservation, de
restauration… enfin d’explication ; cette dernière fonction coûte mais
sans le souci permanent d’expliquer pourquoi et comment ces « drôles de
machines »[1][1]
fonctionnaient, toute collection deviendrait vite un simple amas hétéroclite
d’objets de vitrines curieux certes, parfois jolis, mais sans âme.
Résumons : vis à vis des nouvelles générations d’ingénieurs, témoigner
est un quasi devoir de citoyen dévolu aux anciens. En outre, le retraité
détient le privilège de parler et d’écrire comme il le souhaite, souvent
bénévolement et surtout libéré de multiples contraintes comme la hantise du
rapporteur sourcilleux inopportunément désigné par un sacro-saint comité de
lecture. C’est donc en fait un mécène, généralement modeste financièrement il
est vrai mais expérimenté et disponible pour notre société en de multiples
exemplaires. Cette richesse, il appartient à notre société de savoir en
profiter sans l’étouffer. Un très bel exemple fort bien nommé nous vient du
début du Siècle des Lumières qui fut aussi techniquement révolutionnaire :
les « Mémoires pour servir à l’Histoire des Sciences » dites
« Mémoires de Trévoux », petite Principauté qui sut exploiter sans
trop l’étouffer cette richesse intellectuelle gratuite de son époque.
Quelques retraités se consacrent avec passion à ce
mécénat : ils cherchent, ils collectionnent, ils restaurent, ils étudient,
ils rendent compte lors de leurs réunions et expositions ou dans leurs
publications.
Ce
pastiche des « Mémoires de Trévoux », de la « République des
Lettres » ou encore du « Journal des Sçavans » collectionne,
sans prétention d’exhaustivité et avec peu d’ordre, des propos ou monographies
comme autant de témoignages destinés aux futurs historiens qui s’attacheront au
demi-siècle passé, révolutionnaire pour tous les métiers du traitement de
l’information. .
La révolution des métiers du traitement de l’information ne s’apprécie véritablement qu’en regard de ce qui précédait. Les machines à calculer automatiques furent conçues avec la volonté d’améliorer ce qui existait déjà : par exemple dresser des tables de fonctions. L’exploration du passé met en évidence l’émergence souvent timide mais aussi souvent ancienne de concepts que l’on croit récents et liés à l’existence de l’informatique. Il semblerait même que notre Révolution est beaucoup plus celle de l’efficacité que celle des idées.
Les tables constituèrent en toute époque le moyen immédiat d’accumuler des connaissances en les structurant.
Antiquité
Depuis
les premiers pièges imaginés par des chasseurs, les automates constituèrent la
passion des mécaniciens. L’ouvrage de Héron est, vraisemblablement, le plus
vieil ouvrage sur ce sujet que nous légua l’Antiquité. On y trouve, sous la
forme de cordes astucieusement enroulées, l’ancêtre du premier programme
enregistré.
Ouvrage
en fac-similé sur le site :
Automates
(Héron d'Alexandrie)
Heron d'Alexandrie. Di Herone Alessandrino de Gli Automati, ouero
Machine se Moventi, Libri due, Tradotti dal Greco da Bernadino Baldi Abbate di
Guastalla... [Exemplaire ayant appartenu à A. Fletcher (autographe), Lord
of Saltoun]. En
Venetia, Bertoni, 1601. 49p.
Du XVIe au XVIIie
De
la fin du XVIe siècle au début du XVIII, le compas de proportion fut
l’instrument privilégié des architectes, des marins, des géomètres, des
artilleurs, etc.
Ces
lettres patentes d’un Roi, connu des écoliers pour sa passion de la mécanique,
créent et organisent, en France, un Corps d’artistes fabricants d’instruments
scientifiques et mathématiques.
Depuis le XIXe siècle
Les
artilleurs, de terre ou en mer eurent toujours le besoin d’évaluer rapidement
la distance de leur cible, dans des conditions souvent hasardeuses ; il
résulta de cette nécessité quelques curieux petits instruments.
Le
calcul intégral introduisit de nouveaux besoins de calculs numériques. Les
planimètres répondirent rapidement et répondent encore à ces besoins.
Diaporama
accompagnant la monographie précédente pour sa présentation orale.
Soroban,
plumier du début du XXe siècle
Le
soroban fut et reste un instrument de calcul apprécié en Extrême-Orient. Ce
curieux plumier fut trouvé à Tokyo ; la forme bi-conique des boules
affirme son origine japonaise. Il dut appartenir à un voyageur qui y rangea ses
pinceaux, son encre en bâton et sans doute un minuscule godet. Orné d’une
marqueterie représentant le Fuji-San, il porte au verso un soroban. Au verso du
couvercle, une règle graduée en unités inusitées aujourd’hui permet de lui
attribuer une centaine d’années. Dans
chaque rang, l’existence d’une seule boule de poids fort permet de supposer
qu’il est postérieur à l’ère Meiji. Sa fabrication date donc vraisemblablement
du tout début du XXe siècle.
Ce
manuel de calcul japonais, imprimé à Édo (ancien nom de Tokyo) et
vraisemblablement antérieur au début du XIXe siècle, présente comme ses
homologues occidentaux contemporains, les règles du calcul numérique mais avec
le soroban et nom pas avec une plume ou des jetons, suivies d’exemples de
problèmes usuels.
Usage
du Soroban dans une banque Japonaises, années trente
Durant
les années trente, alors que les services comptables d’organismes publics ou
privés européens se mécanisent, la Direction Générale d’une banque Japonaises
manifeste un conservatisme remarquable pour sa comptabilité.
Souan-pan,
pendentif, XIXe siècle
En
Chine, le souan-pan est tout aussi apprécié que le soroban au Japon, sinon
plus… au point d’en faire des bijoux, en état de servir si l’on a de bons
yeux ! La gravure au verso est un mystère.
XXe siècle
Calcul de navigation, hélice logarithmique
HMR1 de Dennert et Pape
Le
principe de l’instrument est simple. Mais il faut être marin pour se souvenir et
appliquer sans coup férir les règles de signes liées à la région de la planète
où l’on se trouve.
Durant la Révolution du traitement de l’information
Le traitement de texte et, plus généralement, la
publication assistée par ordinateur sont désormais les auxiliaires doués d’une
efficacité remarquable de toutes activités. Leur ancêtre, la dactylographie, nécessitait
une dextérité et une expérience peu répandues hors de la profession, mais que
de nombreux auteurs auraient souhaité détenir pour la production de leurs
mémoires, publications, cours, et autres exercices souvent bien difficiles à
mettre en pages…
Naissance
et développement de l'informatique dans le Réseau des Laboratoires des Ponts et
Chaussées
Navette